Prendre sa place dans la relation : quand trop s’effacer finit par faire mal
- remygarrido
- 23 déc. 2025
- 3 min de lecture

Introduction
Je vais commencer de façon un peu brute.
Si vous avez souvent l’impression de ne pas compter vraiment dans vos relations, ce n’est pas un hasard.
Vous écoutez. Vous comprenez. Vous vous adaptez.
Et pendant ce temps-là, vous vous mettez de côté.
Au début, cela ressemble à une qualité. Une capacité relationnelle. Une sensibilité fine à l’autre. Puis, avec le temps, prendre sa place dans la relation devient de plus en plus difficile. Quelque chose se tasse à l’intérieur. Une fatigue sourde s’installe.
Si vous lisez cet article, il est possible que vous connaissiez déjà ce sentiment. Celui d’être là… sans vraiment être là.
Quand trop s’effacer devient un mode de fonctionnement
Soyons clairs.On ne s’efface pas par faiblesse.
Dans la plupart des cas, s’effacer est une stratégie d’adaptation. Une manière intelligente de préserver le lien, d’éviter le conflit, parfois le rejet. Souvent, cette façon d’être s’est construite tôt, dans un contexte où il valait mieux être discret que visible.
Alors vous avez appris à :
anticiper les attentes,
contenir vos émotions,
lisser vos besoins.
En Gestalt-thérapie, nous parlons de confluence ou de rétroflection. L’énergie relationnelle ne circule plus librement vers l’extérieur. Elle se retourne contre vous. Cela peut nourrir de l’anxiété, une baisse de l’estime de soi, et parfois une profonde solitude, même entouré.
Le paradoxe est là : plus vous vous adaptez, plus vous vous sentez à côté de votre propre vie.
Prendre sa place dans la relation : une peur souvent silencieuse

Beaucoup de personnes me disent en séance :« Je pourrais dire les choses… mais je préfère me taire. »
Ce silence n’est pas vide. Il est chargé. Chargé de la peur de déranger. De prendre trop de place. D’être perçu comme excessif.
Quand on est introverti, quand on vit une hypersensibilité, ou quand on a longtemps appris à faire passer les autres avant soi, exister pleinement dans la relation peut sembler dangereux.
En Gestalt, nous observons cela dans l’ici et maintenant. Le corps parle. Une respiration coupée. Une mâchoire serrée. Une voix qui s’éteint en fin de phrase.
Nommer cela, doucement mais clairement, est déjà une intervention thérapeutique. Parce que ce qui est vu peut commencer à bouger.
Des appuis concrets pour commencer à prendre plus de place
Il n’est pas question de changer de personnalité. Ni de devenir plus dur ou plus affirmé artificiellement.
Voici quelques pistes simples, issues de la pratique gestaltiste :
Marquez un temps avant de répondre. Une seconde suffit parfois à sentir ce que vous voulez vraiment.
Exprimez un ressenti plutôt qu’une justification. « Là, je me sens tendu » plutôt que « Ce n’est pas contre toi mais… »
Observez votre corps après avoir parlé. Restez avec la sensation, même si elle est inconfortable.
Tolérer le malaise relationnel. Prendre sa place crée parfois un déséquilibre temporaire. Ce n’est pas un échec.
Ces micro-expériences renforcent le contact avec vous-même. Et, progressivement, avec les autres.
Ce que la Gestalt-thérapie permet autour de la place relationnelle

La Gestalt-thérapie ne cherche pas à corriger un comportement. Elle explore le processus.
Concrètement, elle permet de :
repérer comment vous vous effacez dans la relation,
restaurer une frontière plus ajustée entre vous et l’autre,
remettre du choix là où il n’y avait que des automatismes,
expérimenter une présence plus incarnée.
Je pense à cette personne qui, en séance, n’osait jamais me dire quand quelque chose ne lui convenait pas. Un jour, elle l’a fait. Sa voix tremblait. Mais elle est restée en contact. Avec moi. Avec elle. Ce moment a fait date. Parce qu’il a été vécu, pas seulement compris.
C’est cela, le cœur du travail gestaltiste : des expériences transformatrices, mesurables dans la vie quotidienne.
Conclusion
Prendre sa place dans la relation n’est pas une question de volonté. C’est un chemin de réajustement.
Vous n’avez pas à forcer. Ni à vous exposer brutalement.
La thérapie offre un espace pour explorer cela en sécurité. Pour remettre du mouvement là où tout semblait figé. Et, peu à peu, retrouver une façon d’être en lien qui ne vous coûte plus votre présence à vous-même.
Il est possible de ne plus disparaître pour rester en relation. Et ce possible commence souvent par un premier pas, discret, mais profondément vivant.
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